Copyright 2004 by Dre Zei & ICMU.Le grand écrivain français André Malraux a déjà écrit -il y a plus de cinquante ans de cela- que la fin du vingtième siècle serait résolument marquée par le spirituel. Ce penseur incomparable avait apparemment vu juste, puisque le Nouvel âge, les doctrines ésotériques et la croissance spirituelle n'ont jamais été aussi en vogue qu'actuellement. Et au milieu de ce foisonnement incroyable de démarches et de concepts à saveur métaphysique, il s'en trouve un qui ne cesse d'obnubiler et de rendre déviants quantité de gens qui s'y essayent, soit celui de la quête vindicative de la Vérité. Comprenons-nous bien: les intentions de départ de tous ces beaux chercheurs à la recherche de l'authenticité ultime s'avèrent louables. Fort louables, même. Sauf qu'au fil du temps, lorsque vous en venez à vous dé-responsabiliser de toute assomption de vos actes et paroles, quand tous et chacun deviennent à vos yeux des modèles de déviance -particulièrement vos proches, vos amis de longue date- que vous vous sentez légitimé de dénoncer haut et fort coûte que coûte, c'est que le problème n'est manifestement pas le leur, mais bien plutôt le vôtre. Rappelons-nous ces paroles célèbres de Jésus le Nazaréen: 'Conducteurs aveugles ! Vous vous préoccupez de la paille qui se trouve dans l'oeil de votre voisin, et ne voyez point la poutre qui est dans le vôtre !' Connaissant la personnalité r-e-m-a-r-q-u-a-b-l-e de ce grand mystique, cette dernière affirmation vaut donc bien un peu de réflexion et de développement.. Tout d'abord, pourquoi beaucoup de chercheurs de la soi-disante vérité prêchent-ils tous en parole plutôt qu'en pratique ? Serait-ce que leur dialectique intellectuelle se révèle -justement- platement cartésienne, dépourvue de toute réalité humaine, de tout altruisme, de tout don de soi ? 'Que celui d'entre vous qui veut être le premier, que celui-là soit d'abord votre serviteur !' Mais voilà, le fait de déborder de soi-même pour aller vers l'autre ne peut faire autrement que de nous impliquer viscéralement, et de plein fouet à part de cela, dans un monde authentiquement humain -et non un monde d'idées..-, ce qui ébranle déjà sérieusement la solidité de leur 'vérité' intimiste. Et devant un tel bain de réalisme, d'une authenticité émotionnelle aussi musclée, on ne s'étonnera donc pas que moult beaux penseurs préfèrent leur dialectique mentale à la réalité d'apprendre à vivre, à composer, avec tout ce qui n'est pas conforme avec leurs délires.. Oui, la Vérité -avec le V majuscule de l'absolu divin- se laisse apprivoiser au travers de l'expérience humaine sentie, non par banale réflexion cartésienne, et cela commande une bonne dose d'humilité et de désir d'apprendre que de se dévouer humblement au mieux-être d'autrui.. Et aucune place ici pour de la fatuité ou de la vanité personnelle. Le mot vérité sous-entend, dans son développement étymologique, l'acquisition d'une connaissance à laquelle l'esprit adhère en raison d'une logique harmonieuse entre l'objet sémantique en présence et une certaine cohérence interne de la pensée de l'individu. Et c'est là que le bas blesse, puisque cette dite cohérence est extrêmement relative, comme le disait si bien Albert Einstein. Imaginons, par exemple, une démonstration des potentialités de l'électricité qui aurait lieu... au quatorzième siècle. La 'vérité' même du phénomène électrique ne serait très certainement pas admise par le commun des mortels, pusiqu'elle ne cadrerait pas avec la logique harmonieuse de la pensée collective du temps, d'où l'évidente accusation de sorcellerie qui foudroyerait littéralement les démonstrateurs en présence. Pourrait-on dans ce cas -serait-il recommandable même de- taxer les gens d'alors d'être des ignares incultes et incapables de voir là une vérité physique ? Bien sûr que non. Car chaque personne, chaque esprit incarné chemine en conformité avec ce qui lui est karmiquement donné de percevoir et d'admettre, selon l'écosystème existentiel où il s'est incarné. Il s'avère conséquemment fort présomptueux de notre part de nous ériger en tant que possesseur de quelque vérité que ce soit, notre perception autant que notre compréhension du moment se révélant des plus limitées.. Seule l'arrogance humaine peut motiver une présomption de vérité, étant donné que nous acceptons pour vrai ce que nous croyons l'être ! 'Tu ne dois pas juger' disait le Christ à Simon le Pharisien.. Le dramaturge italien Luigi Pirandello avait bien compris les dangers d'une telle quête en écrivant son immortel chef-d'oeuvre À Chacun sa Vérité: car dans un monde de tromperie et d'illusions comme le nôtre, là où l'absurdité humaine est la seule chose qui ait une chance de s'avérer apparemment vraie, il est sot de se faire prendre au piège de vouloir débusquer une vérité absolue, évaluant chaque chose, chaque situation, à l'aide de paramètres restrictivement humains et personnels.. Dans les faits, c'est dans le seul DIVIN qu'une vérité, qu'un absolu référentiel, a des chances d'ÊTRE, et non dans un monde terrestre de mouvance et d'incohérence, de vanité et de fatuité personnelle. Car qui est-on, vraiment, pour oser affirmer détenir la vérité ? Bien peu de chose, ma foi.. |