Abstraction et rationalismepar Dre Marie-Thérèse Rousseau, Ph.D.Copyright 2001 by ICMU. Tous droits réservés.
Il y a fort longtemps, soit environ une quarantaine d'années, dans un pays lointain, en l'occurrence notre beau continent nord-américain, existait une prometteuse "science" appelée la Psychologie ; prometteuse, car elle proposait aux gens de tous les azimuts d'apprendre à mieux se connaître, et -se faisant- à apprivoiser du même coup leurs propres chimères et névroses, tout en cheminant optimistement dans leur existence.. Au niveau académique cependant, malgré ses louables intentions [semble-t-il d'ailleurs que l'enfer en est pavé..], cette discipline ne réussit jamais véritablement à s'imposer en tant que "science" en titre, puisqu'en reposant sur l'étude du comportement humain, elle pouvait par conséquent difficilement s'inscrire sous le giron des sciences dites exactes [l'être humain, n'est-ce pas, étant tellement prévisible et quantifiable..], pas plus que sous l'égide de celles dites expérimentales, étant donnée ses applications de recherche souvent approximatives, et reposant exclusivement sur des statistiques de performance humaine en laboratoire [ou à tout le moins dans des conditions sensément contrôlées]. Par contre, de nos jours, évolution obligeant, cette même discipline -beaucoup plus scientificisée qu'autrefois, et par ricochet devenue plus acceptable aux yeux de ses pairs universitaires- en est maintenant rendue à outrancièrement pécher par le syndrome du "je-vois-la-paille-dans-ton-oeil-mais-pas-la-poutre-qui-est-dans-le-mien", en s'en prenant exagérément aux divers thérapeutes du mental oeuvrant dans l'alternatif, sous prétexte que leur approche singulière s'avère non scientifique (sic) "! Plusieurs vont même jusqu'à prétendre ostentatoirement que seuls les membres reconnus de leur Ordre professionnel sont qualifiés en ce sens ! Non mais, faut-il avoir la mémoire courte pour affirmer pareille ânerie ! Rappelons-nous que le grand Freud lui-même, en dépit d'une méthodologie de recherche méticuleuse et "scientifique", s'est fait vertement rabroué par l'élitre bien-pensante du siècle dernier, sous prétexte que ses conclusions consistaient essentiellement en des construits hypothétiques, et non des preuves cliniquement prouvées ou vérifiées.. Comme si nous pouvions saisir l' inconscient et le mettre sous le microscope ! La vérité, c'est que tout ce qui relève du domaine de l' invisible dérange, et continue encore de déranger dans les cercles académiques. Sans pour autant donner dans le "Croire sans voir", il convient à mon sens de faire preuve d'un peu plus d'ouverture et de confiance face à ceux et celles qui osent proposer des modèles différents afin de mieux saisir notre essence intime.. Car l'approche dite scientifique débute en tout premier lieu dans l'attitude même du chercheur, dans sa sincérité d'être humain, beaucoup plus que dans la méthodologie, qui peut -à la limite- se distorsionner pour lui faire épouser ce que l'on veut [ce qui se sent très rapidement chez le thérapeute/chercheur lorsque c'est le cas, et nettement moins au travers d'un rapport de labo..].
La Bruyère disait "dans toutes les choses extraordinaires et qui sortent des communes règles, il y a un parti à trouver entre les âmes crédules et les esprits forts". Je me risquerais volontiers à ajouter que c'est là une philosophie plus que scientifique dans son fondement, et ce même si elle provient d'un homme de lettres, et non d'un homme de science..
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